N° ACR0000110 - chapelle privée du pensionnat Godefroy-de-Bouillon

 
Adresse : 14 rue Godefroy-de-Bouillon
  63000 Clermont-Ferrand
Coordonnées GPS : 45.780312, 3.092854
Coordonnées GPS : 45.780312, 3.092854
Dates Construction : 1935 ; 1941
Date de classement : 2015
Auteur : Mitton Adrien (architecte ; Mitton Michel (architecte) ; Vaury Maurice (sculpteur) ; Dussour Louis (peintre) ; Chaussegros (ferronnier)
Patrimoine du 20e siècle

Précision Interet :

Par son programme original, par la qualité de son architecture et de ses décors, la chapelle du pensionnat Godefroy-de-Bouillon présente un très haut niveau d’intérêt. Elle est représentative des édifices catholiques construits en France entre 1930 et 1940 et prenant pour référence les « Chantiers du Cardinal » (la centaine d’églises construites en région parisienne sous l’impulsion du cardinal Jean Verdier). Adrien Mitton mentionna d’ailleurs cet exemple dans son explication « stylistique ». Pour lui, l’architecture de la chapelle se voulait « résolument moderne », c’est-à-dire refusant la copie des modèles historiques. Mais il s’agissait d’évoluer vers l’avenir sans « briser la filiation » ni « perdre le contact avec le passé ». Adrien Mitton écrivit s’être arrêté à un compromis : « de là les arcs en parabole qui évoquent les arcs brisés gothiques sans les copier ; de là les grandes verrières découpées en hexagones, qui rappellent, mais de loin, les remplages flamboyants ». L’architecte souligna aussi le « dernier avantage du style moderne par rapport aux styles anciens : dépouillé de presque toute moulure ou ornement, il [revenait] infiniment meilleur marché ». La chapelle des missions catholiques, présentée à l’Exposition coloniale de 1931 à Paris, donna un bel exemple d’édifice cultuel employant ce modernisme tempéré. Les remplages de l’édifice conçu par les Mitton s’inspirent d’ailleurs directement des baies de cet exemple parisien. Le dépouillement de la chapelle du pensionnat paraît aujourd’hui assez relatif. L’union équilibrée entre l’ornementation et l’architecture, le cloisonnement des motifs, le choix de matières de qualité pour les décors aux riches effets de texture et de couleur, la géométrisation des formes : autant de caractéristiques qui font de cette œuvre un ensemble marqué par le style Art déco. En outre, l’édifice s’inscrit dans la vaste campagne de construction d’églises et de chapelles que connut Clermont-Ferrand dans l’Entre-deux-guerres et jusqu’aux années 1960. Pour répondre à l’essor démographique et urbain de la ville, l’Église catholique créa de nouvelles paroisses et éleva plus d’une vingtaine d’édifices cultuels. De 1934 à 1953, l’évêque clermontois Gabriel Piguet joua dans sa ville épiscopale un rôle comparable à celui du cardinal Verdier en région parisienne. Outre la commande directe de la chapelle de l’évêché (22 rue Pascal, 1936-1937), il fut à l’origine de la construction de la chapelle de l’institution Massillon (rue Audollent, 1935-1936) et de l’église Notre-Dame de la Route (avenue Bergougnan,1948-1953). Piguet confia d’ailleurs à Louis Dussour le décor des deux chapelles mentionnées ci-dessus. La présence même de la peinture de Dussour dans la chapelle du pensionnat Godefroy-de-Bouillon, mise en relation avec l’ensemble de l’œuvre de cet artiste important, est un argument supplémentaire pour justifier la labellisation de l’édifice.

Description Historique :

Toujours en activité aujourd’hui en tant que lycée, le pensionnat Godefroy-de-Bouillon de Clermont-Ferrand fut créé en 1849. Établissement d’éducation chrétienne pour garçons, il se développa en suivant les orientations de saint Jean-Baptiste de La Salle et de son institut, les Frères des Écoles Chrétiennes. Après la Première guerre mondiale, la chapelle du pensionnat s’avéra trop exigüe : seul un tiers des pensionnaires pouvait assister en même temps aux offices. Longtemps ajourné faute de moyens, le projet de la construction d’une nouvelle chapelle fut lancé en 1935. L’édifice devait être suffisamment vaste pour accueillir tous les élèves, les enseignants, les religieuses et religieux de l’institution, les personnels de service, ainsi que les membres des familles des pensionnaires lors des événements exceptionnels (soit une capacité totale de 1 200 places). Une souscription des anciens élèves permit de réunir une partie des fonds. Le Bulletin de l’association amicale des anciens élèves du pensionnat Godefroy-de-Bouillon soutint cette souscription et rendit compte de la progression du projet et du chantier. Il publia également cinq articles descriptifs rédigés par l‘architecte principal, Adrien Mitton. Les démolitions de vieux édifices au début du chantier furent troublées par les grèves de mai-juin 1936. Mi-octobre 1937, le battage des pieux spéciaux de fondation commença. En avril 1938, après un arrêt dû aux rigueurs hivernales, les bâtisseurs coulaient le béton de la dalle du rez-de-chaussée. Le 22 mai 1938 eut lieu la bénédiction de la 1re pierre. Le 10 novembre suivant, les ouvriers plantèrent le traditionnel drapeau sur la couverture achevée. L’édifice put accueillir une première messe le 11 juin 1939. À cette date, les travaux de finition intérieure étaient engagés. De la fin de 1939 à septembre 1940, la chapelle équipée d’un plafond provisoire en carton abrita 240 lits destinés aux pensionnaires. Les dortoirs habituels avaient été réquisitionnés pour servir d’hôpital militaire. La réalisation des décors reprit dès septembre 1940. Le programme ornemental resta toutefois incomplet : notamment, les vitraux de la nef ne furent pas fabriqués. Le 4 mai 1941, une grande cérémonie d’inauguration se déroula en présence des autorités ecclésiastiques et gouvernementales. Des offices religieux se déroulèrent dans la chapelle jusqu’au début des années 1980. Aujourd’hui, vidée de ses bancs, elle est utilisée comme salle de jeux (ping-pong, etc.). Les éléments biographiques concernant la famille Mitton demeurent encore fragiles. La lignée paraît émerger au milieu du XVIIIe siècle avec un maître maçon moulinois nommé Mantin. Son petit-fils, François Barnier, fut entrepreneur. Le fils de ce dernier, Amable Barnier (1831-1901), est mieux connu. Entrepreneur puis architecte, il construisit à Moulins plusieurs couvents en totalité ou en partie (couvents de la Visitation, du Bon Pasteur, etc.). Il restaura des châteaux ou les agrandit (châteaux d’Aurilly, de Toury). Avec son gendre Michel Mitton (Moulins, 23 août 1864 - Fontainebleau, 9 avril 1954, ingénieur de l’École centrale de Paris), il bâtit le Grand séminaire de Moulins ainsi que l’église néo-romane Saint-Joseph de Clermont-Ferrand (1882-1901). Michel Mitton eut deux fils, François (Moulins, 14 janvier 1895 - Moulins, 21 octobre 1966) et Adrien. Le premier fut, comme son père, ingénieur de l’École centrale (promotion de 1922). Le second paraît avoir suivi les cours de la section architecture de l’École des beaux-arts de Paris. François et Adrien furent associés à l’activité de leur père. Ils construisirent ensemble par exemple des villas à Cusset, à Moulins, à Clermont-Ferrand, des hôtels à Vichy (hôtel des Arcades, hôtel Magenta). En revanche, d’après un article de La Construction moderne (1935), la clinique Saint-Pierre à Moulins pourrait être l’œuvre des seuls Michel et François. Adrien – qui avait épousé en 1927 une clermontoise – s’était installé au moins dès 1930 comme architecte à Clermont-Ferrand (agence n° 9 rue Fléchier). En 1935, il avait un enfant scolarisé au pensionnat Godefroy-de-Bouillon. Avant la construction de la chapelle, Michel et Adrien Mitton avaient déjà réalisé des transformations pour cette institution. Adrien apparaît encore sur les annuaires de 1944 comme architecte à Clermont (n° 42 avenue du Limousin). Curieusement, son nom ne se trouve pas sur les tableaux de l’Ordre des architectes imprimés en 1945 et 1951. François Mitton, qui avait été au début des années 1930 secrétaire de l’Association provinciale des architectes, s’inscrivit à l’Ordre des architectes sans doute dès 1941. En tant qu’architecte et membre du Conseil, il figure sur le tableau de 1945 à l’adresse de l’agence familiale moulinoise : 46 rue des Couteliers. En revanche, il n’apparait plus sur le tableau arrêté en 1951. Peu avant en effet, il aurait été nommé architecte de la ville de Fontainebleau. Il existe plusieurs articles et publications d’époque rédigés par des représentants de la famille Mitton, et d’autres sur quelques-unes de leurs réalisations architecturales. Adrien Mitton illustra quelques ouvrages et des recueils de poésie. Un fonds peu important a été donné en 1966 aux Archives départementales de l’Allier (24 J).

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