N° ACR0000121 - immeuble et salle des spectacles Saint-Genès

 
Adresse : 9 place Michel-de-l'Hospital
  63000 Clermont-Ferrand
Coordonnées GPS : 45.777718, 3.089307
Coordonnées GPS : 45.777718, 3.089307
Dates Construction : 1934 ; 1936
Date de classement : 2015
Auteur : Bosser Jean (architecte) ; Dussour Louis (peintre)
Patrimoine du 20e siècle

Précision Interet :

L’immeuble du n° 9 place Michel-de-l’Hospital et la salle Saint-Genès forment un ensemble cohérent. Conçus par le même architecte, ces bâtiments, malgré les modifications apportées, sont de grande qualité. Par leur style, ils s’avèrent très représentatifs du Classicisme moderne. Ce courant architectural puissant se développa du milieu des années 1910 au milieu des années 1960 dans tous les pays industrialisés et dans leurs colonies. Il se caractérisait par une révision moderne du classicisme. Les ordres architecturaux historiques furent abandonnés, mais l’on conserva la grammaire du classicisme (notamment les habitudes de composition et les rapports de proportion) ainsi qu’une partie de son vocabulaire (des formes et des éléments de décor furent réemployés après avoir été simplifiés). Par exemple, la composition du cadre de scène de la salle Saint-Genès reprend un archétype du Classicisme moderne : les colonnes à fut lisse, sans base ni chapiteau (donc sans copie littérale d’un ordre architectural issu de la tradition gréco-romaine), portent un entablement aux lignes simples et puissantes. Autre exemple : les balustres cylindriques employés par Jean Bosser pour les garde-corps illustrent bien la « réinvention moderne » d’un élément architectural issu de la Renaissance classique. La parution en 1938 d’un article sur la salle Saint-Genès dans L’Architecture d’aujourd’hui, revue française de référence, constitue un indice supplémentaire de l’intérêt de cet édifice. Il convient enfin de souligner que l’ensemble des oeuvres de Louis Dussour reste encore à étudier scientifiquement. Sans aucun doute, cette recherche conduira à une réévaluation de l’importance aujourd’hui sous-estimée de ce peintre fresquiste.

Description Historique :

Plusieurs églises construites à Clermont-Ferrand dans l’Entre-deux-guerres comprenaient, outre les traditionnels espaces de culte, des salles indépendantes réservées aux activités paroissiales. Il ne s’agissait pas seulement d’accueillir les enfants du catéchisme ou les organisations de jeunesse. L’ambition était de proposer au plus grand nombre des activités récréatives, festives, culturelles et sociales. Les églises clermontoises du Sacré-Cœur (1922-1928) et de Saint-Jacques-le-Majeur (1931-1932), construites suivant les plans de l’architecte Charles Marc, possèdent ainsi, sous la nef et le chœur, des grandes salles spécialement affectées à ces usages. La paroisse Saint-Genès-les-Carmes se trouvait dans le centre ancien de Clermont-Ferrand. Les offices étaient célébrés dans une église bâtie au XIVe siècle et agrandie au XIXe siècle. Pour abriter les « animations annexes », le curé de la paroisse résolut de construire un bâtiment comportant notamment un théâtre cinéma et une salle de gymnastique. Un terrain situé à une centaine de mètres de l’église fut choisi. À la suite d’une demande présentée le 9 mai 1935 par le curé de Saint-Genèsles – Carmes, l’autorisation de construire fut accordée le 12 juillet suivant. Visiblement, le chantier se déroula sans encombre. En septembre 1938, la revue L’Architecture d’aujourd’hui publia un court article sur la salle achevée. La salle se trouve au fond de la parcelle. Elle est accessible par un passage et une cour intérieure. Un luxueux immeuble d’habitation s’élève sur la partie du terrain située en bordure de la place Michel-de-l’Hospital. Ce second édifice fut bâti vers 1938 pour le compte de Pierre Gorce, avoué clermontois. L’architecte Jean Bosser dressa les plans des deux bâtiments et leur donna des caractéristiques stylistiques similaires. La salle Saint-Genès occupe la moitié nord de la parcelle. De plan sensiblement carré, elle mesure environ 21 mètres de largeur et 23,5 mètres de longueur. Elle est couverte par un toit à croupes. Une aile en retour d’équerre (environ 9 x 10,5 mètres) la complète à l’ouest. Ce corps de bâtiment abritait au rez-de-chaussée une salle de gymnastique, et à l’étage le logement du concierge. La comparaison entre l’édifice existant et l’article publié en 1938 dans L’Architecture d’aujourd’hui apporte de précieuses informations. La salle avait une capacité de 800 places réparties entre un parterre et un balcon. Elle était équipée d’une cabine de projection située sur le balcon. De part et d’autre de la scène se trouvent encore des dégagements. Jean Bosser utilisa une diagonale sud-est/nord-ouest comme axe de symétrie pour organiser le parterre, le balcon et la scène. Par ce moyen, ces espaces bénéficièrent d’une plus grande profondeur. Les sièges du parterre et du balcon étaient disposés en arc de cercle. Le hall d’entrée occupe toujours l’angle sudest du bâtiment. Il desservait directement le parterre et un escalier qui menait au balcon. Un second escalier se développe dans l’angle nord-est. Une issue de secours débouche sur la rue Saint – Austremoine. La large entrée principale de la salle se trouve face au passage donnant sur la place Michel-del’Hospital. Bosser employa un artifice de composition pour suggérer la présence d’une façade symétrique. Il choisit de souligner l’entrée principale par un chambranle fortement saillant et par un avant-corps structuré de bandeaux horizontaux et verticaux. Une corniche domine l’avant-corps ; elle portait en lettres bâton le nom « Salle Saint-Genès ». Au-dessus de cette corniche, une mince passerelle accessible par un escalier servait sans doute d’issue de secours pour la cabine de projection. Elle n’existe plus de nos jours. Quatre grandes baies horizontales séparées par des sections de colonnes peintes soulignent le niveau du balcon. Enfin, la façade est dominée par un fronton rectangulaire aligné sur l’avant-corps. Par cet élément, Bosser renforça l’axe de symétrie fictif de la façade. En effet, le dispositif semble appeler, à droite du fronton, un pan de mur identique à celui de gauche. L’artifice de composition, fondé sur la suggestion d’une composition ternaire « B – A – B », peut faire croire qu’une partie de la façade principale de la salle est dissimulée par le bâtiment s’élevant à l’est. Situé sur l’axe de symétrie fictif, un blason à croix potencée en mosaïque accentue encore l’effet recherché. La façade orientale de l’aile ouest est percée de hautes baies qui desservaient et éclairaient la salle de gymnastique. Au-dessus des baies, une terrasse borde l’ancien logement du concierge. Les balustres du garde-corps sont d’un modèle identique à ceux de l’immeuble. Enfin, la fruste façade nord montre que les murs d’une précédente construction furent réemployés. Les dispositions intérieures de la salle étaient simples et fonctionnelles. Encore en place, le cadre de scène concentre les effets architecturaux et décoratifs. Encadrée par deux colonnes à fût droit et lisse, l’ouverture de scène est dominée par une large poutre (en béton armé et briques). Au-dessus, reprenant le tracé convexe de l’avant-scène, un corps de moulures complété par de petits caissons constitue une corniche. Enfin, des rayons peints sur le plafond de la salle convergeaient vers le cadre de scène. D’après L’Architecture d’aujourd’hui, le rideau était vert foncé, les murs et plafond vert clair, le cadre de scène, le balcon et les rayons bronze or. Sur la poutre dominant l’ouverture de scène, l’artiste auvergnat Louis Dussour peignit une frise. Il utilisa un pigment bronze rehaussé de noir et d’or afin de donner l’illusion d’un basrelief. Par sa composition générale comme par le dessin simplifié des formes, l’œuvre respecta le cadre architectural. Symétriquement, de part et d’autre d’une croix latine, Dussour représenta la Comédie, la Musique profane, la Musique sacrée et le Drame. En fond, il dessina des tuyaux d’orgue afin d’unir la frise par un rythme vertical régulier.

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